Vous qui saviez, vous auriez dû faire quelque chose, nom de dieu

Affaire Jacqueline Sauvage : on demande donc à un homme, investi d’un pouvoir conféré par la constitution, dont l’action est soutenus par moins de 20% des Français, de contredire une décision qui a suivi le cours normal de la Justice : première instance puis appel. 
Je trouve ça scandaleux, et contre-productif pour la cause que certains prétendent défendre, et ce à plusieurs titres.

Un homme au dessus des lois

On accorde à UN personnage public la possibilité de s’introduire dans une décision de justice au mépris de la séparation des pouvoirs. On a pourtant aboli les rois, mais symboliquement, on demande tout de même à un homme, un seul, de savoir guérir des écrouelles. La vie politique française toute entière tourne autour de la prochaine élection présidentielle, et je ne cautionne pas ça.

Quand ceux qui n’y étaient pas en savent plus que ceux qui y étaient

Je ne suis pas juge, je n’ai pas les connaissances juridiques nécessaires, je n’étais pas présent au procès et je ne connais aucune des parties, et je connais l’affaire essentiellement par quelques articles de journaux qui résument (souvent avec partialité en faveur de l’accusée) plusieurs jours d’audience. Aucune interview du procureur ni, il me semble, de la famille du défunt. Autrement dit, je suis très mal placé pour critiquer une décision de justice qui m’échappe totalement. Et vous ?

La peine de mort pour les salauds

En demandant sa grace et/ou sa réhabilitation, on introduit donc un “pardon” de la société envers une femme qui, juste pour mémoire, a abattu un homme de trois balles de fusil dans le dos (ce qui implique au moins un rechargement de l’arme, je crois). Cet homme était violent. Cet homme était immonde. Mais cet homme, elle l’a aimé (lisez les CR de l’appel), cet homme elle a eu des enfants avec lui. JE SUIS CONTRE LA PEINE DE MORT, et je suis résolument contre le principe des citoyens qui se font justice. Il ne peut pas y avoir légitime défense quand on abat un homme, quel qu’il soit, dans le dos (coucou le bijoutier). C’est la LOI.

Présomption de légitime défense

J’ai entendu parler de la création de “présomption de légitime défense” dans le cas de violences conjugales. Ahurissant de démagogie !!! D’une part il y a de toutes façons présomption d’innocence dans le droit. Donc la présomption de légitime défense est dans ce cadre une exception à la présomption d’innocence (dans le cas qui nous intéresse, le mari était donc PRÉSUMÉ coupable de violences conjugales ?). Ensuite, pourquoi dans le cas particulier des violences conjugales et pas l’étendre à d’autres crimes ? Ça rime à quoi ?

Le silence assoudrissant

Au sujet de l’affaire elle-même, je n’admets pas que l’on puisse vivre 47 ans de calvaire, avoir des enfants, et que personne, PERSONNE n’ait effectué le moindre signalement. Toutes les plaintes ont disparu — y compris celles des filles pour viol — et il n’y a donc hélas aucune preuve qu’elles aient été déposées. Les filles étaient au courant du calvaire de leur mère et elles n’ont rien fait pour la sauver. C’est de la non-assistance à personne en danger, pure et simple. Le silence de la mère est une chose, celui des filles est choquant. Elles étaient adultes, libres, indépendantes, et ont laissé la mère vivre son cauchemar. Je suis le seul que ça surprend ?
Sans parler de l’aspect grotesque de l’affaire quand par exemple l’une des filles affirme avoir volé un PV de déposition à un gendarme et l’avoir brûlé dans les toilettes pour expliquer l’absence de la moindre plainte en 30 ans de violences…

Exemplaire ? Pour qui ?

À vrai dire, je ne considère pas que J. Sauvage puisse devenir un exemple. Le fond du ce dossier, c’est le SILENCE qui a prévalu pendant ses années de clavaire. Et C’EST CE SILENCE QU’IL FAUT COMBATTRE, pas une peine de prison individuelle. On se met un instant à la place d’autres femmes qui vivent un calvaire épouvantable. Arrivent-elles à s’identifier à elle ? Sentent-elles, grâce à cette affaire, qu’elles ont les moyens de sortir de leur prison ? Je ne suis pas certain.
Ceux qui appellent à la grâce considèrent que J Sauvage n’avait pas d’autre choix que de tuer son mari. Est-ce vrai ? Si oui, en quoi la gracier aide les autres femmes qui vivent quotidiennement sa situation ? C’est quoi le message ? “On ne peut rien pour vous, mais tuez-le, on vous soutiendra ?”.

Être utile à celles qui n’ont pas un fusil de chasse dans leur armoire

Je préfère être utile.
Soyons vigilants.
Rappelons autour de nous le 39.19.
Ouvrons les yeux et ne laissons pas faire quand nous savons, ni même quand nous avons d’énormes doutes.
Signalons.
Aujourd’hui encore, en France, tous les deux jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon.
Quelques liens :
- http://www.metronews.fr/info/proces-de-jacqueline-sauvage-a-blois-j-ai-tire-tire-tire/molb!i6HuwtElusc/
- http://www.metronews.fr/info/proces-de-jacqueline-sauvage-a-blois-vous-qui-saviez-vous-auriez-du-faire-quelque-chose-nom-de-dieu/molc!7ytmfhMtWBKpI/
- http://www.metronews.fr/info/proces-de-jacqueline-sauvage-mon-pere-attendait-que-maman-parte-au-travail-pour-se-frotter-contre-nous-raconte-sa-fille/mola!YWC4BJ4xS66ns/
- La page Wikipedia de l’affaire

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