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Manifeste contre la démocratie

La démocratie, c’est le pire des systèmes (après tous les autres), disait Winston Churchill. Plus d’un demi-siècle plus tard, ses compatriotes votent une décision qui met l’Europe et son pays sens dessus dessous. Question : quels éléments concrets aurais-je eus à ma disposition, si j’avais été citoyen britannique, pour voter pour ou contre une sortie de l’Union Européenne ? Réponse : j’en sais rien. Mais j’aurais voté. C’est flippant, non ?

Petit aparté : je suis toujours méfiant quand il s’agit de critiquer les choix électoraux de pays dont je ne suis pas citoyen. Par exemple, je me garderais bien de dire que Donald Trump est un malade mental qui mettrait le monde à sac s’il était élu. Est-ce que Donald Trump vaut mieux qu’un Jacques Chirac démagogue et parfois à la limite du racisme ? Qu’un François Mitterrand dont le machiavélisme et le cynisme ne l’ont pas empêché de se faire élire ?

Toujours est-il que des décisions qui nous semblent en apparence irrationnelles ont été avalisées par des peuples. Sortir de l’Europe. Élire triomphalement un escroc notoire (salut Patrick B.). Opposer lors du deuxième tour d’une élection présidentielle un affabulateur et un incompétent — et c’est peut-être pas fini.

Puis, d’un autre côté, je vois des voix s’élever contre le souhait de Junker de ne pas passer par les parlements des pays membres pour faire avaliser un contrat commercial avec le Canada, le Ceta. Mais attendez, je suis super heureux qu’on ne me demande pas mon avis à ce sujet ! Qu’est-ce que j’en sais, moi, du prix de la carotte sativus var atrorubens dans la province de l’Ontario ? Et en quoi réaffirmer que l’Union Européenne a une légitimité populaire (parlement, commission nommée par les pays membres) est-ce anti-démocratique ?

Nous élisons des hommes et des femmes (et hélas plus souvent des hommes) dont la principale qualité est justement leur capacité à être élus, pas leur capacité à gouverner. D’autres pays (Scandinavie) mettent en valeur les compétences et les idées avant les individualités. Ce qui retire la dimension carnavalesque de la vie politique, certes, mais sert un peu plus à mon sens l’intérêt général.

Peut-être devrions-nous cesser le culte des hommes et la quête désespérée de l’Homme Providentiel. Peut-être qu’élire un Président qui ne gouverne pas mais si mais non mais si un peu quand même mais oui mais non mais si mais pas vraiment mais beaucoup ne sert à rien. Peut-être.

En attendant, je m’abstiens de voter sur des décisions que je ne maitrise pas.

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