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Kurzweil Forte SE : Welcome to the machine

Après avoir été l’heureux utilisateur d’un Kurzweil K2500X pendant près de 15 ans, je l’ai remplacé, après moult hésitations, par un Forte SE. Bilan d’une transition.

It’s the sound

Je devais remplacer mon K2500X, quoi qu’il arrive. Mon cahier des charges était le suivant :

  • envie de “tweaker” des sons (on ne se débarrasse pas si facilement du virus Kurzweil !)
  • qualité sonore irréprochable
  • plein de boutons sur la bête pour de l’édition en temps-réel
  • clavier piano
  • pas besoin de séquenceur, un “piano de scène” me suffisait

J’ai longuement, très longuement, très très longuement hésité à choisir le Nord Stage 2 et je suis finalement resté chez Kurzweil. Le deal breaker pour le NS2 ? La pauvreté de l’édition des sons, les limites de l’émulateur de synthé de la machine. Et un petit détail idiot : l’impression de “cheap” des boutons poussoirs.

Ce qui a failli être le deal-breaker côté Kurzweil ? Le flou artistique total quant aux Keymaps (ie. les samples de base) intégrés à la machine (incroyable : impossible d’en trouver une liste où que ce soit !!!!) et l’interface utilisateur qui n’a pas changé d’un iota ou presque depuis 15 ans.

Enfin, mon choix a failli se porter sur un Forte, mais étonnamment, à l’heure où j’écris ces lignes, ce synthé soit-disant “top of the line” de Kurzweil dispose de moins de fonctionnalité que le Forte SE, en particulier :

  • pas de “résonance de cordes” pour les pianos
  • pas d’édition des programmes depuis la machine (autre que des paramètres ultra-basiques), c’est à dire une frustration énorme.

Bref, j’ai craqué pour le Kurzweil Forte SE. Voici ce que je pense de la bestiole.

Déballage

Premières impressions avant même l’allumage : le clavier est globalement, beau, propre, nickel, les commandes ont l’air bien pensées à première vue. Par contre, je ne sais pas qui a eu l’idée de ce panneau rouge, mais il faudrait qu’il prenne des cours de design industriel : ce panneau est affreux (je ne parle pas de sa couleur), sa découpe est choquante, les vis qui le parcourent donnent une impression de “pas fini” et heureusement que de face on ne le voit pas trop. De profil, c’est une autre histoire…

Encore une fois, la couleur ne me choque pas, c’est la découpe de la forme du panneau. Et pour vous montrer à quel point ça a été mal pensé, voici une photo du site officiel de Kurzweil avec LE détail qui tue : on voit le trou sous la touche !!

Cette impression de rouler dans une Ferrari dont la carrosserie aurait été finie à coups de marteaux va se retrouver dans beaucoup trop de points sur cette machine.

Autre détail insupportable : le Forte SE dispose d’une fonction de “half-damping”, c’est à dire qu’il simule l’appui partiel sur une pédale de sustain. C’est génial, ça marche bien (je l’ai testé ensuite), il faut juste disposer d’une pédale avec un jack stéréo et pas mono.

Kurzweil, dans sa grande bonté, fournit une pédale avec le clavier, mais celle-ci est… MONO ! Autrement dit, pour utiliser correctement les sons de piano, il faut commencer par racheter une pédale pour remplacer celle fournie avec le clavier. C’est stupide.

Dernier sentiment mitigé, mais là il ne s’agit pas de finition : j’ai trouvé le clavier très “plastique”, les touches noires sont en fait gris foncé, je n’ai pas vraiment apprécié au premier abord, moi qui adorais le clavier du K2500X. Le Forte utilise un autre lit Fatar de meilleure qualité, parait-il, j’aurais dû l’essayer avant. Ah oui mais le Forte n’a pas l’édition VAST… Kurzweil et sa logique marketing m’échappe…

Quelques jours plus tard, je m’y suis fait, même si j’aurais préféré que ce clavier ressemble plus esthétiquement à un clavier de piano.

Première écoute

Je branche vite fait un casque, et la première impression que me fait le piano est limite frustrante : très, trop “aéré”, l’impression qu’il est très détaillé mais manque de coffre. Je teste les sons, puis arrivé aux pianos électriques, je n’entends plus rien ! Il faut que je touche aux tirettes pour pouvoir enfin avoir un son presque potable…

Et finalement, en branchant l’appareil sur mon mixer avec les câbles symétriques, soudainement, tout devient normal ! J’ai sans doute dû être victime de la “magie” de Kurzweil (qui changeait, sur le K2500X, ce qui sortait des jacks suivant ce qui était branché sur un autre jack… mystique :)).

Quelle qualité !! Il n’y a rien à dire au niveau des sons. Enfin sauf qu’il n’y en a pas assez, c’est le plus frustrant ! 256 programmes d’usine sur une telle machine, c’est très, trop peu, mais ça ne m’a pas inquiété dans la mesure où la programmation VAST ne me fait pas trop peur.

16 pianos acoustiques, superbes, peut-être même trop définis pour ce que je veux en faire (les mixer en mono dans des pistes plutôt “pop”), mais c’est plus facile de placer un filtre pour “affaiblir” un son plutôt que d’inventer de la clarté sur un son qui n’en a pas.

Les pianos électriques sont très réussis aussi sauf que les programmes d’usine sont moyennement utilisables (le vibrato est trop prononcé sur certains), il manque des reproduction d’ultra-archi-méga-classiques (le “Logical Song” !), mais encore une fois, avec un peu de programmation on s’en sort très bien.

Les guitares sont à chier, mais c’est sans doute plus un problème d’expression de jeu plutôt que de son en lui-même. Quant aux synthés… Rhâââ, quel plaisir ! Un régal. Dommage encore une fois qu’il n’y ait que 16 presets par catégorie (Leads, Pads, Synth), mais ça donne envie de fouiller plus.

Conclusion : sons magnifiques (malgré les “seulement” 2Go de ROM à comparer aux 16Go du Forte !), mais hélas pas assez exploités dans les programmes d’usine. Il va falloir bosser, et tant mieux !

La douleur  et le plaisir de l’édition

Quand j’ai choisi le SE, j’ai dû demander à des Kurzweil afficionados si la machine avait les keymaps (= les échantillons en langage Kurzweil, pour faire court) des autres machines de la marque. J’ai obtenu des réponses contradictoires. Voici la réponse : Oui il y a une tripotée de Keymaps issus de Kore 64 et du PC3 ! Je ne pourrais pas jurer qu’ils y soient tous, mais ça a l’air.

Problème : aucune documentation exhaustive des Keymaps où que ce soit sur internet. Frustrant, là encore, quand on connait la richesse de ces fameuses keymaps, après tout c’est le nerf de la guerre.

Passons maintenant à l’édition des programmes. Je clique sur le bouton “Edit” et là, bouohououhououuuu, quasiment rien n’est éditable ! Juste des valeurs de paramètres, bref, pas possible de jouer vraiment avec les entrailles de la bête. Petit coup d’œil au manuel, ah, je suis en mode “Normal”, pas en mode “Utilisateur avancé”, d’où la frustration. Je change de mode, et là……… Joie bonheur complexité.

[NOTA : Messieurs les ingénieurs de Kurzweil, passez un coup de fil à vos copains des années 80 qui ont eu l'idée de l'édition "par couche" avec le bouton EDIT. Grâce à ce petit bouton "EDIT", on peut survoler un programme sans rentrer dans son détail et c'est seulement quand on veut éditer en profondeur que l'on clique dessus. Du coup, votre mode "Regular" vs "Advanced" user, c'est complètement stupide. C'est bon, vous avez compris, là ?]

Au passage, j’ai une pensée émue pour les utilisateurs de Forte qui n’utilisent pas l’éditeur PC/Mac : ils perdent 90% si ce n’est plus des capacités d’édition de la machine. Quel gâchis pour eux, et je me dis que je ne regrette pas une seconde d’avoir porté mon choix sur le Forte SE, à l’édition autonome ! (de toutes façons le logiciel d’édition n’est même pas encore prêt…).

Bref, j’entre dans l’édition, la vraie, et là, ça pique grave le vieil adepte du K2500 que je suis : en 15 ans, rien n’a changé ou presque. Même mode d’édition, ils ont rajouté 2/3 fioritures (il y avait déjà le mode KB3 sur mon K2500), des algorithmes pour la synthèse analogique, 2/3 possibilités de routage supplémentaires, bref un tout petit peu de complexité mais l’essentiel est toujours là.

Et c’est à la fois plaisant et agaçant. Plaisant de ne pas être dépaysé par une interface conçue initialement pour le K2000 sorti en 1990. Il y a 25 ans. Agaçant de se dire qu’à l’heure où l’on passe un coup de fil en tapant sur un écran, on doit encore se taper un petit écran matriciel pas tactile du tout pour essayer de garder en mémoire quel tel paramètre se situe dans telle page et qu’il faut appuyer sur “Enter” avec son coude pendant qu’on touche un slider avec le nez.

Car oui, même si j’ai plaisir à ne pas avoir tout à réapprendre, programmer en VAST, c’est pas simple. Pas insurmontable, mais l’apprentissage initial est quand même assez lourd, il faut comprendre les paramètres (nouveauté par rapport au K2500), les effets (qui ont un peu changé, mais la liste des presets est impressionnante), les algorithmes (il aurait été temps de dépoussiérer un peu ces dispositions de blocs figées depuis les années 80, les gars…), les layers, les keymaps, bref, il faut bien maîtriser les concepts et les abréviations auxquelles Kurzweil doit recourir pour parvenir à tout faire rentrer dans ce petit écran de 240×64 pixels…

Quelques erreurs d’ergonomie

Il y aurait des leçons d’ergonomie à donner aux ingénieurs de Kurzweil. Utiliser mieux l’espace pour afficher des données pertinentes, notamment lors du défilement des programmes (dans le K2500 on voyait par exemples les keymaps utilisées par un programme).

Supprimer ce soft-button “View” qui ne sert franchement à rien et imposer un mode d’affichage plutôt qu’un autre.

Proposer comme tout le monde un clavier de numérotation allant de 0 à 10 plutôt que ce clavier numérique à 16 touches batardes où l’on finit par se rendre compte par accident que pour taper un 0 il faut cliquer sur la touche “10″ (vous fumez quoi, les gars ?).

Proposer une façon de voir quelle valeur ont les contrôleurs physiques au chargement d’un programme plutôt que de les manipuler et de perdre l’essence d’un programme par accident. Car oui, avec Kurzweil, les petits sliders bien programmés peuvent transformer un ronron douillet en simulation acoustique d’un lancement de fusée.

L’égaliseur “physique” est un vrai plus : simple, compréhensible, physique, tactile, visuel, c’est ce qui rapproche de machines comme celles de Nord, le côté “un bouton = une fonction”. Kurzweil a essayé de faire ça avec les sliders en sérigraphiant des fonctions dessus, mais honnêtement… C’est pas trop trop réussi car trop dépendant encore de chaque programme. Un petit budget supplémentaire pour un écran à cristaux liquides en bas de chaque slider pour rappeler le nom du paramètre correspondant aurait été un vrai breakthrough.

Enfin, le détail qui tue… Nous sommes en 2016. Ça fait environ trois siècles que le port USB sert à transporter du SON. Pourquoi ne pas avoir fait en sorte d’intégrer une carte son (sans même avoir besoin de convertisseur, en plus) directement dans la machine pour en faire un périphérique audio USB ? C’est dommage, ça rendrait beaucoup service aux home-studistes.

Si je dirigeais le service design de Kurzweil, j’enverrais mes équipes en stage chez Fractal Audio : il y a beaucoup à apprendre de la part des concepteurs d’un appareil dont la richesse et les capacités d’édition rappellent les grandes années de Kurzweil.

Conclusion : <3

J’adore Kurzweil, j’ai essayé de quitter ce petit écran bleu mais je n’y parviens pas. Le Forte SE est une splendide bestiole, pleine de défauts (certains sont des défauts de jeunesse et pourraient être corrigés par de la doc ou une mise à jour mineure de l’OS) mais bougrement puissante.

Les sons sont sublimes. La capacité d’édition et le plaisir de la programmation sont intacts, la douleur de travailler avec une interface texte des années 80 aussi. Je travaille beaucoup avec Ableton, passer de Live au Kurzweil c’est un peu comme si je fermais mon Mac pour me retrouver dans l’ambiance du MS-DOS (remember : 1990 => balbutiements de Windows 3.0). Mais passé cet apprentissage coûteux, l’édition est un régal, et les possibilités de la machine, malgré l’absence d’extension de la ROM, semblent inépuisables…

PS : Il y a d’excellents Keymaps de Mellotron, très sous-exploités, dans cette machine… Mais quelques minutes plus tard et j’ai un Mellotron multi-couches violon / cœur / flute dont chaque couche est pilotée par un slider…

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