Pendant l’affaire Sauvage, silence, on bat

Affaire Jacqueline Sauvage, suite. Procès complexe, émotion collective, effroi dans la société : mais comment une femme battue peut-elle écoper d’une si sévère peine pour s’être juste défendue ? Heureusement, la France a tiré les leçons. Ou pas.

Libérer la parole des victimes

Le premier point que l’affaire Sauvage a permis de mettre en évidence, c’est la difficulté pour les victimes de s’exprimer. Heureusement, les journalistes ayant couvert l’affaire, puis les avocates puis les pétionnaires puis les politiques qui se sont emparés de l’affaire pour aller visiter Mme Sauvage dans sa cellule (moments immortalisés par de jolies photographies pas du tout démagogiques), ceux-là ont tous rappelé l’existence du 39.19, numéro d’appel anonyme et gratuit, opéré par l’état, et qui prodigue de nombreux conseils aux personnes qui vivent des situations difficiles.

De même, le site internet “Stop aux violences contre les femmes” a été remis en avant à cette occasion.

Enfin, ça m’aurait paru logique, en tous cas.

Rappeler l’importance de la preuve

Le problème des affaires de violence conjugale réside dans la difficulté d’apporter la preuve des faits allégués. L’affaire Sauvage a montré qu’il est indispensable de consulter son médecin pour faire constater par un tiers des violences (d’autant que le médecin est couvert par le secret médical), et cela même si ces constatations ne débouchent sur rien.

Éduquer les enfants et jeunes adultes

Une grande campagne de sensibilisation à la violence conjugale (ou violence faite aux femmes en général) au collège et au lycée, voilà une bonne initiative ! Histoire de rappeler aux adultes en devenir qu’il n’y a jamais de bonne raison de frapper une femme (et accessoirement jamais une bonne raison de tuer son mari de trois coups de fusil dans le dos, mais pour cette partie du message on repassera).

Une sensibilisation sous la forme d’une énumération de “ceci est inacceptable”, que ce soit au niveau des gestes portés sur l’autres que des propos tenus, notamment des insultes. Je suis effaré de voir ce que les ados peuvent aujourd’hui s’envoyer parfois à la figure sans prendre conscience de la gravité des mots qu’ils emploient.

Et une sensibilisation, bien sûr, au “que faire lorsque…” pour aider les jeunes femmes à trouver le chemin des professionnels qui peuvent les aider. Écoute téléphonique ou sur internet, bien sûr. Et non, le personnel d’une armurerie et l’avocat de combat ne sont pas les deux interlocuteurs les plus à même de désamorcer une crise.

Protéger les victimes potentielles

En cas de doute sur des violences conjugales, sachant que la parole est tue, il est difficile de protéger une victime qui ne s’affirme pas comme telle. Mais apprendre, à tout le monde, aux simples citoyens, voisins, entourage, ou enfants et petits-enfants, à repérer des signes de violence et à effectuer des signalements, c’est là encore une initiative intéressante qui mériterait d’être étudiée.

…et sinon…

Et sinon, on peut aussi redescendre sur terre et constater le niveau de connerie ambiante provoqué par un fait divers totalement dévoyé… C’est dommage de voir qu’au delà d’une pétition et d’une grâce présidentielle, rien, absolument rien n’a été fait pour essayer de se poser concrètement la question de comment prendre en charge la violence faite aux femmes.

Le Ministère des droits des femmes n’a même pas, je crois, communiqué sur le sujet.

Je n’ai pas vu une campagne de sensibilisation au 39.19 alors que c’était quand même clairement le bon moment pour le faire…

C’est dommage. Parce que la violence faite aux femmes, c’est l’affaire de tous, pas seulement des victimes mais aussi des témoins que nous pouvons être de ces drames.

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